LISEZ THEODORE BALMORAL

Beaucoup d’Orléanais et d’habitants du Loiret ignorent que l’une des principales revues littéraires françaises a son siège à Orléans, 5 rue Neuve Tudelle, qu’elle est imprimée à Saint-Jean-de-Braye et qu’elle s’intitule « Théodore Balmoral ».
Ce titre est énigmatique. On lit au revers de la page de couverture les lignes suivantes :
« Je me souviens que dans mon enfance il y avait près de chez mes parents un café dont la salle eût pu contenir cinq cents personnes.
Le cafetier Balmoral, ses quatre enfants et sa seconde épouse s’y déplaçaient tout le jour comme dans un désert où j’allais quelquefois visiter Marguerite, la plus jeune des filles.
La singularité de ce café, c’est que, pour si grand qu’il était, il n’avait qu’un seul client que Balmoral allait prendre à domicile matin et soir à l’heure de l’apéritif et ramenait chez lui après
».
Il n’est pas sûr que ces lignes éclaircissent l’énigme. A moins de voir dans le cafetier Balmoral la métaphore de l’écrivain accomplissant pathétiquement son labeur à l’intention d’un public inexistant ou réduit à sa plus simple expression.
Ce qui est sûr, en revanche, c’est que cette revue est devenue l’un des principaux lieux de rencontre en France de la vraie littérature : il n’est que de lire au revers de la quatrième page de couverture, cette fois, la liste des écrivains qui ont contribué aux 61 numéros parus de cette revue pour s’en persuader.
J’ai tort d’écrire « vraie littérature ». Le seul mot « littérature » suffit.
La société contemporaine est, nous dit-on, celle de la communication. Au nom de cet improbable substantif, on nous sert, jour et nuit, des discours vides, des messages préformatés.  On court après l’opinion, sans voir qu’à force de vouloir se conformer à l’opinion, ou à l’idée qu’on s’en fait, on court vers la vacuité.
Dans ce contexte, il est salubre, il est salutaire, il est nécessaire qu’une revue ose brandir haut l’étendard de la littérature.
La littérature, qui est un art d’écrire et de vivre à la fois, qui consiste inlassablement à décrire le réel et les rêves, à « donner un sens plus pur aux mots de la tribu » (Mallarmé).
Alors, vive la littérature que nous offre à foison « Théodore Balmoral », comme les poèmes d’Etienne Faure dans le dernier numéro, ou encore, dans ce même numéro, le premier texte de Raphaël Lamy-Can.
Mais je ne voudrais pas être désobligeant avec les autres contributeurs. Nombre d’entre eux devraient être cités.
Et merci, mille merci, à Thierry Bouchard qui fait vivre cette revue, avec autant de rigueur que de passion.
Jean-Pierre SUEUR.

Théodore Balmoral, revue de littérature, 5 rue Neuve-Tudelle, 45100 Orléans.