Ce pourrait être le titre d’une fable de La Fontaine. Justement, Jean de La Fontaine est l’un des écrivains qui a le mieux écrit sur ce qui est en train de se passer. Relisez Le lion et le moucheron. La littérature permet de mieux comprendre le monde que bien des discours pompeux. Je pense aussi aux réflexions de Pascal sur « l’infirment grand » et « l’infiniment petit » et à ce que Voltaire nous écrit dans Micromégas

…C’est donc un microbe de dimension infinitésimale, venu, nous dit-on, d’un animal sauvage vendu en Chine dans des conditions déplorables, un microbe invisible tant il est ténu qui a déclenché une catastrophe d’une ampleur inédite, qui a envahi, bouleversé, submergé, de pays en pays, de continent en continent, la terre entière.

Cet événement planétaire me conforte dans l’idée que, contrairement à des apories ressassées dans les temps qui courent, la nature n’est pas toujours naturellement bonne. Et l’action des êtres humains n’est pas toujours un désastre ou une pollution, comme on le dit ou le présuppose trop souvent. Bien au contraire, on voit aujourd’hui que pour guérir de la catastrophe, chacun se tourne vers les médecins et les chercheurs scientifiques.

Cet événement nous incite aussi à remettre en cause la religion de la supposée bienfaisante mondialisation, du marché sans entraves, de l’autorégulation de l’économie. Non qu’il faille rebâtir des frontières, magnifier le protectionnisme et tolérer la xénophobie. Non ! Il faut, et il faudra, dans un nouveau contexte, réfléchir à ce qui est nécessaire et à ce qui est accessoire, redonner aux pouvoirs publics – nationaux, européens, mondiaux – la place qui doit leur revenir au lieu de les vilipender. C’est d’ailleurs un singulier retour de l’histoire que d’entendre les plus libéraux nous parler aujourd’hui de nationalisation !

Cet événement, enfin, doit nous inciter à défendre, plus encore que par le passé, avec force, avec beaucoup de force et de détermination, la nécessaire justice sociale. Je viens d’écrire qu’il fallait distinguer l’essentiel de l’accessoire. Ces mots n’ont pas pour tous le même sens. Alors qu’il y aura – tout le monde le sait – une dépression, donc, au moins pour un temps, moins de ressources disponibles, il faudra donner la priorité, l’absolue priorité à celles et ceux qui éprouvent le plus de difficulté pour « vivre simplement » – pour simplement vivre – et qui connaissent chaque jour la précarité. On le voit d’ailleurs dès aujourd’hui : il n’y a pas d’égalité dans la façon dont les uns et les autres peuvent, et doivent, vivre le confinement.

Lors de la crise de 2008, on avait déjà beaucoup lu qu’une fois qu’elle serait passée, « rien ne serait plus comme avant. » Or la réalité, c’est que tout a continué comme avant. Réfléchissons-y.

…Mais aujourd’hui, l’heure est au soin, à la prévention, à la guérison. Merci encore à toutes celles et à tous ceux qui s’y consacrent avec dévouement et abnégation. Il faudra s’en souvenir.

Et prenez soin de vous !

Jean-Pierre Sueur