C’est avec une grande tristesse que j’ai appris le décès d’Hélène Mouchard-Zay.
Hélène m’avait fait l’amitié de participer, durant 12 ans, à l’équipe municipale que j’ai conduite à Orléans. Elle s’est totalement donnée à sa tâche, oeuvrant pour les écoles d’Orléans, pour la défense des droits humains, pour le jumelage avec la ville de Lugoj, en Roumanie, et pour tant d’autres causes.
Elle s’engagea pleinement pour le Centre d’études et de recherches sur les camps d’internement du Loiret (Cercil) que nous avons créé avec les municipalités de Pithiviers, Beaune-la-Rolande et Jargeau. Ce n’était pas évident au début. On nous disait qu’il ne fallait pas « remuer le passé ». Hélène voulait tout au contraire que l’on fasse connaître l’histoire douloureuse des enfants des camps du Loiret et du Vel d’Hiv disparus dans des conditions épouvantables - afin que cela ne se reproduise pas. C’était pour elle un impérieux devoir de mémoire.
Enfin, elle fut profondément marquée, comme sa sœur Catherine, par la haute figure de son père, Jean Zay, ministre du Front Populaire, que l’on qualifia si justement de ministre de l’intelligence, assassiné par la milice de Vichy. Elle faisait tout pour que son action et ses valeurs fussent connues, reconnues et qu’elles continuent d’inspirer notre vie publique. Elle militait pour la laïcité.
Chère Hélène, nous ne te verrons plus dans les rues d’Orléans te rendre en vélo aux multiples réunions où tu posais des questions et affirmais tes convictions. Mais tu resteras en nos coeurs. Je pense très fort à ton mari, Claude, à tes enfants, Daniel et Jean, et à tous tes amis.
Jean-Pierre Sueur.
Tous mes voeux de bonheur et de santé à toutes et à tous !
Puisse la paix advenir ! Puisse la misère régresser ! Puissent nos valeurs humanistes être plus largement partagées ! Puisse l’Europe être plus forte dans ce monde sans boussole ! Puissions-nous préparer une planète vivable pour demain et après-demain !
Puissions- nous trouver, dans cette siriation politique complexe, le chemin du progrès, de la justice et de la fraternité !
…Triste d’apprendre le décès de mon camarade et ami Francis Marmande.
Nous nous sommes connus à l’École Normale Supérieure de Saint-Cloud. Il est devenu un universitaire passionné, un spécialiste reconnu de Georges Bataille, un écrivain talentueux et le fabuleux chroniqueur du jazz du « Monde ». (Il jouait parallèlement de la contrebasse). Entre mille, son compte rendu du concert de Ray Charles en 1995 à Orléans (paru dans le numéro daté du 7 juillet 1995) est un petit chef d’œuvre. Il y note au passage que « le festival d’Orléans confirme sa grande classe ».
Je songe à nos conversations entre lui, Bernard Cerquiglini et moi où il était question de grammaire, de musique, de littérature, de politique….et du reste !
Merci, Francis, pour toi, et pour l’oeuvre vivante que tu nous laisses, qui doit paraître - partiellement ! - dans la collection « Bouquins ». Nous l’attendons !
Jean-Pierre Sueur
Il était juste que la Ville d’Orléans rende enfin hommage à Alfred Dreyfus, victime d’une abominable injustice, et qui a achevé sa carrière militaire à Orléans.
La Place d’Armes s’appellera donc « Place d’Armes Alfred Dreyfus ».
C’est l’occasion de rappeler que notre compatriote Charles Péguy fut l’un des plus ardents et constants défenseurs d’Alfred Dreyfus, comme en témoigne son livre « Notre Jeunesse », paru en 1910, entièrement consacré à « l’Affaire », et dans lequel on lit ces lignes : « Une seule injustice, surtout si elle est officiellement enregistrée, un seul crime suffit à rompre tout le pacte social, un seul déshonneur suffit à déshonorer tout un peuple ».
Je tiens à signaler le très remarquable ouvrage que vient de nous offrir Vincent Debaene aux éditions du Seuil, intitulé « La Source et le Signe » avec pour sous-titre : « Anthropologie, littérature et parole indigène ». Vincent Debaene nous avait déjà largement informés des rapports entre ethnologie et littérature dans son premier ouvrage « L’adieu aux voyages » (Gallimard), puis avait notablement contribué à une meilleure connaisance de l’oeuvre de Claude Lévi-Strauss, notamment en dirigeant la publication de la somptueuse « Pléiade » qui lui est consacrée. Il poursuit sa réflexion en montrant combien la parole indigène a été instrumentalisée, voire niée, dans les études et travaux anthropologiques en France et en Europe, alors qu’il en allait tout autrement dans le monde anglo saxon, et tout particulièrement aux États Unis. Même, et surtout, Lévi-Strauss critique le projet américain qui consiste à fonder l’anthropologie sur le recueil de « documents personnels », fussent-ils, parfois d’une « valeur exceptionnelle ».
Vincent Debaene reprend le débat dans ses grandes largeurs. Il restitue ce qu’ont eu de bénéfique les travaux trop ignorés analysant, documents à l’appui, la « parole indigène » et même sur la vision anthropologique induite par les auteurs et locuteurs de cette parole, tout en s’interrogeant constamment sur « l’impensé quant à notre rapport à l’indigène et à son discours » et en nourrissant encore son travail sur les rapports entre ethnologie et littérature.
Il a déclaré dans une interview au Monde : « Les phénomènes de domination sont complexes et supposent toujours un peu la participation du dominé à la domination ». On lit avec intérêt cet ouvrage qui récuse tout simplisme dans les oppositions étudiées. On souscrit au titre de l’article du Monde : « Vincent Debaene rend la littérature indigène à elle même ». Et on attend avec impatience son nouveau livre annoncé sur la « négritude », où l’on retrouvera Léopold Sédar Senghor et Aimé Césaire.