Arts

  • Il faut remercier Marie-Claire, Geneviève et Thérèse Soulas d’avoir décidé d’éditer l’ouvrage biographique que Robert Sire avait écrit sur Louis-Joseph Soulas, ouvrage qui suit sa vie et son œuvre, année après année, et qu’il avait – pour reprendre les termes de Christiane Noireau dans sa préface – « humblement laissé dans le silence. »

    Cette décision n’est pas seulement justifiée par la piété filiale : elle nous donne, en effet, accès à un document essentiel pour connaître et comprendre l’œuvre de cet immense artiste, encore trop méconnu, en complément aux deux livres récemment parus, le « Soulas » de Christine Noireau (publié aux éditions « Mémoire d’une terre gravée » en 2015) et le « Catalogue raisonné de l’œuvre gravé »dû à André et Catherine Soulas (publié aux éditions « Le livre d’art » en 2016).

    Maurice Genevoix écrivait de Louis-Joseph Soulas : « Ce grand travailleur, ce silencieux si robuste et si probe, n’a jamais dévié de sa vie, jamais cédé aux tentations faciles, aux attraits du succès temporel. Il a été soucieux de sa seule vocation : labeur, scrupule, maîtrise ardument poursuivie et gagnée, c’est à cette vocation qu’il a tout rapporté, tout donné, avec une loyauté, un courage, un contentement du cœur où il trouvait la seule récompense qui comptât à ses yeux. »

    Et s’agissant de la technique de la gravure, son ami René Berthelot écrivait : « Ce qu’il aimait dans le burin, c’est son côté pur, élémentaire : son honnêteté de pauvre. »Et il ajoutait : « C’est avec le burin, ce "cheveu", qu’il a tout dit : la "lourde nappe" des blés au soleil, le reflet des étangs, la transparence des nuages, la branche aigüe qui poignarde le ciel, le tremblement d’une graminée ou le frisson d’une herbe folle. »

    Ces deux citations résument bien, je crois, les sensations que nous éprouvons, page après page, en suivant, dans le livre de Robert Sire, l’œuvre et la vie, indissociablement mêlées, de Soulas, et en admirant l’une après l’autre ses gravures, ses gouaches aussi, qui frappent par leur force, qu’elle soit poétique, technique, surréaliste même ou par leur dépouillement – comme celle représentant la Beauce tant aimée, le si cher moulin de Lignerolles, récemment restauré –, ou encore par leur réalisme lorsqu’il s’agit de portraits ou des paysages d’un Orléans défiguré par la guerre, pour ne prendre que cet exemple.

    La gravure n’est pas un art facile. Elle peut, comme c’est le cas ici, beaucoup émouvoir. Et Maurice Genevoix avait raison : l’œuvre de Louis-Joseph Soulas est d’une extrême et singulière probité.

    Jean-Pierre Sueur

    • AGMT Éditions, 68 route d’Orléans, Lignerolles, 45310 COINCES, 29,90 €.
  • Il faut saluer le spectacle estival que les trois compagnies qui sont hébergées au Théâtre de l’Escabeau à Briare – la compagnie professionnelle, la compagnie amateur et la jeune compagnie – se sont unies pour nous offrir, malgré les contraintes de la période, sous ce titre (de circonstance) : Un été particulier. Ce spectacle était constitué de trois pièces délicieuses : deux écrites d’après Maupassant, Une partie de campagneet Le rosier de Madame Husson (dialogues de Marcel Pagnol) et une création époustouflante nous renvoyant aux médias d’il y a soixante-dix ans. Dans les trois cas, la mise en scène d’Élisa Picaud était juste, précise et enlevée. Elle était, de surcroît, ingénieuse puisque, pour tenir compte des contraintes précitées, les trois lieux que compte l’Escabeau étaient mis à contribution simultanément. Un grand coup de chapeau à tous les comédiens qui, en conséquence, ont dû jouer trois fois de suite le même rôle.

    Jean-Pierre Sueur

     
  • L’autobiographie est un art difficile.
    Je n’ai pas oublié les premières lignes des Confessions de Jean-Jacques Rousseau : « Je forme une entreprise qui n’eut jamais d’exemple et dont l’exécution n’aura point d’imitateur. Je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de sa nature ; et cet homme ce sera moi. »
    Et je n’ai pas oublié non plus toutes les analyses qui nous ont montré combien Rousseau avait modifié, enjolivé ou rectifié bien des aspects de la « vérité » promise.
    Il n’empêche que les Confessions sont un chef d’œuvre, et qu’à vrai dire, tout livre de mémoire est toujours, peu ou prou, une re-création de la réalité – et donc, en un sens, une fiction.
    William Sheller s’est essayé à l’exercice, guidé par une bonne fée, Françoise Hardy, qui l’a « poussé à « écrire ce livre après en avoir lu les premières pages » et nous propose donc sous ce titre modeste, William, aux éditions Équateurs, un ouvrage de 490 pages qui, comme il le dit dans la dédicace qu’il m’a fait l’amitié de m’écrire, est « le récit d’un être humain et le reflet d’une époque », et, comme il est encore indiqué dans la quatrième de couverture, est un récit « qui ne craint pas l’aveu sans jamais se départir de la pudeur des grands artistes. »
    C’est donc l’histoire d’une vie et d’une époque, qui ne prétend pas à l’exhaustivité, ni à l’édification, ni à son contraire, une histoire souvent haletante, qui nous conduit des quartiers de Paris, de ses rues grouillantes de vie, de bonheurs et de souffrances, à Montfort-l’Amaury, en passant par les États-Unis, la Finlande, le Japon et un peu partout, et par d’innombrables théâtres et studios…
    Mais c’est d’abord l’histoire d’une quête personnelle, l’histoire d’un homme qui recherche outre-Atlantique un « vrai père » et le découvre après qu’il a disparu, en même temps que sa « vraie famille », ou du moins une partie de celle-ci, et écrit : « Voir pour la première fois le visage de son père est une émotion qu’aucun mot n’a le pouvoir de restituer. »
    Et c’est ensuite l’histoire de rencontres de toutes natures, un vrai kaléidoscope, une sociologie prise sur le vif, allant des délicieux pompiers de Monfort-l’Amaury à tous les acteurs du « show biz » avec leurs « hauts » et leurs « bas ». Il nous dit : « Je me demande pourquoi j’ai croisé autant de zinzins durant toute ma vie. »Il déplore encore, s’agissant du monde du show biz, que chez Philips, les « directeurs artistiques » soient devenus des « chefs de produit ».
    Émergent quelques grandes figures, comme Françoise Hardy, déjà citée, Catherine Lara, Nicoletta… et bien sûr Barbara. Barbara à qui il est présenté par François Wertheimer, auteur de ces vers baroques, que Sheller reprend :
    « Un Apollon solaire de porphyre et d’ébène
    Attendait Pygmalion assis au pied d’un chêne. »
    Barbara l’invite à Précy pour lui jouer« quelques chansons en cours d’écriture » et lui demande d’y « poser çà et là des cordes bleues » (elle parlait ainsi !).
    Et puis, un jour (ou une nuit), « en se repoudrant le visage », elle lui dit : « Tu devrais chanter, toi. »
    Et c’est ainsi que tout commence…
    Et que le roman picaresque nous mène de chanson en chanson, de théâtre en théâtre, les chansons alternant avec un grand nombre de compositions musicales de haut vol.
    Et puis William Sheller finit par atterrir dans le Loiret, à Jouy-le-Potier.
    Des ennuis de santé le conduiront au « CHU d’Orléans », comme il l’écrit page 472. Puisse cette appellation être prémonitoire !
    Depuis 2014, il est encore plus près d’Orléans. Nous l’y laisserons tranquille.
    Barbara, petite fille, voulait être une « pianiste chantante ». Lui voulait être « compositeur ».
    Il écrit qu’un beau jour, il s’est dit : « Assez du show biz. Fais autre chose. Tu es compositeur, compose ! »C’est ce à quoi il se voue désormais.
    Il écrit encore à la fin du livre que quand il paraîtra, il lui restera « encore vingt ans pour écrire, transmettre, créer. »
    Alors, laissons-le écrire, transmettre et créer…
    Jean-Pierre Sueur
    • William, aux éditions Équateurs, 490 pages, 23 €
  • Gloire soit rendue au Cinéma des Carmes qui est le seul à Orléans et dans le Loiret à programmer le très remarquable film de Bruno Dumont intitulé sobrement Jeanne !

    On pourrait imaginer, ou rêver, qu’à Orléans, ville johannique s’il en est, chacun se presserait pour proposer ou admirer ce film sur un thème « rebattu », mais qui « supporte les traitements les plus différents sans l’affadir »comme l’écrit Jean-François Julliard dans Le Canard Enchaîné – journal rétif aux bondieuseries ! –, qui ajoute : « Souvent même, il élève ceux qui s’en emparent, de Dreyer à Rivette, en passant par Bresson et même Luc Besson ! La couleur bizarre et décalée que lui donne Bruno Dumont en fait d’autant mieux ressortir la grandeur déconcertante. »

    Il ne faut pas rechercher dans ce film ni l’authenticité des décors, ni la reconstitution minutieuse et pittoresque du passé. Nous sommes dans les dunes du Nord. Il y a de longs temps de méditation et d’attente, rythmée par une musique douce, lancinante, étrange.

    Et il y a, plus réelle que la réalité même, la force du procès de Jeanne, qui se déroule dans l’admirable cathédrale d’Amiens, somptueusement filmée, avec ses juges caricaturaux plus vrais que vrais, et Jeanne, jouée par une comédienne de onze ans, Lise Leplat Prudhomme qui, toute seule, toute droite, inflexible, offre une image sublime du droit et de la justice – une image qui transcende toutes les bassesses.

    Jean-Pierre Sueur

     
     
  • Il faut saluer une fois encore le succès de la présentation par La Fabrique Opéra de l’opéra de Verdi, La Traviata, au Zénith d’Orléans – et cela d’autant plus que la crise du Covid n’a pas facilité la préparation du spectacle, qui a dû être retardé. Félicitations donc, au chef Clément Joubert, au metteur en scène Gaël Lépingle, aux chanteurs, aux chœurs, aux danseurs, à l’équipe de La Fabrique Opéra. Mais félicitations aussi et surtout à cette équipe pour avoir su associer à cette belle aventure nombre de lycées, de centres de formation d’apprentis – et au total, des centaines de jeunes qui ont œuvré avec enthousiasme et qui ont appris, en participant ou assistant aux spectacles, à aimer l’art lyrique. Ce n’est pas la moindre des réussites de La Fabrique Opéra.

    JPS

     
  • Michèle Gendreau-Massaloux qui fut rectrice (on ne devait pas féminiser ce nom à l’époque !) à Orléans avant de l’être à Paris puis à l’agence universitaire de la francophonie, nous offre, dans le dernier numéro de la revue Critique, s’agissant de l’œuvre d’Hélène Cixous, une analyse très pénétrante des rapports qui unissent, en un même être, l’écrivain et le lecteur. « Qui ne reconnaît aujourd’hui – écrit-elle d’emblée – qu’être un écrivain, c’est aussi peut-être et d’abord être un lecteur. »Ainsi, nous dit-elle encore, Julien Gracq, « en lisant, en écrivant, découpe au scalpel les textes de ses aînés. »
    Pour en venir à Hélène Cixous, Michèle Gendreau-Massaloux restitue sa faculté de faire vivre en son séminaire, durant les années 2001-2004, « quelque soixante auteurs » qui, lus et relus par elle, nous « reviennent toujours neufs. » Elle dit – mais, maintenant, c’est écrit – que « la question même de la lecture est le déchiffrement mètre à mètre par la pensée d’une profondeur qui est traitée de surface par ceux qui ne veulent pas lire les signes. » Et elle ajoute : « Si on me demandait de résumer une position politique, elle passerait par la lecture. »
    La parole du séminaire, devenue écriture, qui vient d’être « fidèlement » restituée dans un imposant livre de 1 186 pages (Gallimard), a un statut propre. Michèle Gendreau-Massaloux le décrit « tantôt au galop, tantôt dans la contemplation animée, jamais à l’arrêt. »Elle écrit encore que« le rythme apporte aux auditeurs des sensations, des émotions, des éblouissements. » Et elle nous rappelle cette forte et paradoxale intuition de Jacques Derrida qui plaçait « l’écrit à l’intérieur même de la parole. »
    Ainsi, dire et écrire se rejoignent. L’un procède de l’autre, et inversement.
    Et les écrivains sont nourris des livres. Ils sont faits de littérature et de mots, comme les indiens d’Asturias sont faits de maïs.
    On me permettra à ce sujet une référence à Charles Péguy qui écrivait dans Clio : « Les mauvaises lectures désagrègent », et encore : « La plus grande œuvre du plus grand génie est livrée entre nos mains, non pas inerte, mais vivante, comme un petit lapin de garenne. »Si bien – écrivait-il –, que nous avons la faculté de « faire une mauvaise lecture d’Homère, de découronner une œuvre du génie. »
    Autrement dit, tout se tient. L’écrivain et le lecteur sont solidaires. Ils se tiennent la main quand ils ne s’identifient pas l’un à l’autre. L’écrivain écrit sur un terreau de littérature, qui le nourrit et qu’il régénère. Dans cet article, Michèle Gendreau-Massaloux nous parle justement des « échos qui se répondent d’un texte ou d’un écrivain à un autre » et nous offre, pour finir, cette ultime citation d’Hélène Cixous : « La littérature peut refaire de la vie avec des cendres. »
    Jean-Pierre Sueur
    • Critique, revue générale des publications françaises et étrangères, N° 83, octobre 2021
  • C’est un livre rare, précieux. C’est un livre d’art – une œuvre d’art. Car son auteur, Frédéric Tachot, « typographe-pressier », est à la fois un artisan et un artiste. Il porte en lui toute la grandeur et la noblesse de la corporation des imprimeurs – ces imprimeurs qui, depuis Gutenberg, jouèrent un rôle considérable dans l’histoire intellectuelle, politique et sociale. Ils ont beaucoup œuvré pour donner à notre langue, le français, et à d’autres, la forme qu’elles ont. Ce livre conte leur histoire, mais aussi les mœurs, « mythes et symboles » de la profession, en cinq chapitres empruntant leurs titres au Pentateuque puisque l’histoire a retenu « la Bible comme le premier ouvrage imprimé en typographie en Occident. » Il y a une totale harmonie entre la forme de cet ouvrage – travail de typographie d’une singulière beauté – et ce qu’il narre, preuve s’il en fallait, que la sempiternelle distinction entre forme et fond n’a pas de pertinence. Les mots du métier sont expliqués, son histoire est restituée, non pas de manière froide et technique, mais avec passion : la passion du bel ouvrage. Et aussi la passion pour tous ceux, connus ou méconnus, qui en furent les acteurs. Sans oublier l’Orléanais Étienne Dolet qui « en marchand vers l’échafaud, se moquant encore une fois de la douleur, aurait lancé en ricanant : "Ce n’est pas Dolet qui souffre, mais la foule compatissante". »

    Merci à Frédéric Tachot de m’avoir écrit qu’il avait façonné – dans tous les sens du terme – cet ouvrage « en souvenir de l’époque où le plomb des caractères donnait aux mots un poids certain. »

    Jean-Pierre Sueur

    PS. J’ajoute un mot pour conseiller vivement à tous ceux qui ne l’ont pas encore fait d’aller visiter l’« Atelier Musée de l’Imprimerie » (AMI) à Malesherbes. Ce remarquable musée qui présente de manière très vivante l’histoire de l’imprimerie et des médias de Gutenberg à nos jours, est unique en Europe. Merci encore à Jean-Paul et Chantal Maury sans lesquels il n’aurait pas vu le jour.

     

     

     
  • L’un des plus extraordinaires souvenirs du théâtre que je garde en moi, le plus extraordinaire sans doute, ce fut au Palais de Chaillot, en 1987, la représentation en version complète – dix heures au total – du chef d’œuvre de Paul Claudel, Le soulier de satin, dans la mise en scène d’Antoine Vitez. « La scène de ce drame est le monde » écrivait Claudel. Ce drame « voltige entre tous les styles, du burlesque au tragique » écrit Youness Boursenna. Oui, c’est un monde, un univers, une épopée, une histoire, ou plutôt plusieurs, fruits d’une écriture puissamment poétique, qui nous emporte. Il faut, bien sûr, accepter de se laisser emporter !

    À la fin du spectacle, qui avait commencé dès le matin – il était une heure du matin, de l’autre matin –, nous avons applaudi durant une demie heure. Nous ne pouvions pas, littéralement, nous ne voulions pas quitter le théâtre.

    Je dois dire que j’ai éprouvé des sentiments et sensations analogues – bien que ce  fût, il vrai, différent –, lorqu’Olivier Py nous offrit la même version intégrale de la pièce à Orléans.

    Aujourd’hui, trente ans après la mort de Vitez, l’INA publie enfin un coffret de quatre DVD – durée totale : 11 h 10 ! – reprenant son inoubliable mise en scène.

    Et sa fille, Jeanne, nous explique dans Marianne (numéro du 18 septembre), s’agissant de son père et de Claudel : « Si leurs croyances semblent antagonistes à première vue, mon père […] aimait dansLe soulier de satinla folie de cette pièce dans laquelle il voulait tous – comédiens, spectateurs, techniciens – nous embarquer […] Je garde de cette pièce le souvenir d’un éblouissement […]À chaque entracte, on se demandait si les spectateurs seraient toujours là et ils restaient ! […] L’accueil du public a été extraordinaire […] Cette pièce qui dure dix heures réussit à tenir presque sans accessoires, seulement avec la force de son texte et de ceux qui le jouent. »

    On comprendra pourquoi j’ai tant tenu à ce que l’une des trois salles du Théâtre d’Orléans s’appelât « Salle Antoine Vitez ».

    Ce choix était pour moi une marque de reconnaissance et un manifeste.

    Un manifeste pour une conception de la mise en scène.

    Être metteur en scène, c’est d’abord servir les textes.

    Servir les textes avec modestie, rigueur et sympathie.

    C’est être le passeur qui fait vivre et revivre les textes.

    Ce n’est pas se servir soi-même.

    Puisse-t-on s’en souvenir.

    Jean-Pierre Sueur

    >> Sur le site de l’INA : la présentation par Antoine Vitez de la pièce Le soulier de satin

  • À Cerdon se déroule chaque année depuis dix ans une manifestation culturelle originale. Il s’agit d’un parcours artistique au cours duquel on découvre les œuvres d’artistes contemporains dans les maisons, jardins et granges du village.

    Un livre est paru à l’occasion du dixième anniversaire de cette manifestation, que Jean-Pierre Sueur a préfacé.

    >> Lire la préface

     
  • Jean-Pierre Sueur était intervenu de longue date pour que l’État apporte son concours financier à la très remarquable réalisation que constitue l’Atelier Musée Imprimerie (AMI) Artegraf de Malesherbes, dû à l’initiative de Jean-Paul et Chantal Maury et qui présente une collection unique en Europe consacrée à l’imprimerie et aux arts graphiques.

    Jacqueline Gourault, ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités locales, a annoncé à Jean-Pierre Sueur l’attribution d’une subvention de l’État au titre du Fonds national d’aménagement et de développement du territoire (FNADT).

    Lire :
  • Jean-Pierre Sueur est intervenu lors du débat sur la proposition relative à la modernisation de la régulation du marché de l’art.
    Il a rappelé qu’alors que la France dominait le monde en ce domaine jusqu’à la fin des années cinquante, elle en représente aujourd’hui 6 % contre 3 % pour les États-Unis, 32 % pour la Chine et 13 % pour le Royaume Uni.
    Jean-Pierre Sueur a soutenu les réformes inscrites dans la proposition de loi,  notamment les nouvelles missions dévolues au nouveau Conseil des maisons de vente, la modification de sa composition, donnant une plus grande place aux professionnels, ainsi que le renforcement de sa fonction disciplinaire.
    Il a présenté six amendements, qui ont été adoptés par le Sénat, élargissant la compétence des maisons de vente aux inventaires fiscaux, et éliminant du texte le « mot valise » opérateur pour mieux dénommer les différentes personnes intervenant dans le marché de l’art.
     

  • Ce qui caractérise les trois compagnies qui cohabitent au Théâtre de l’Escabeau, à Briare, et qui s’unissent pour leurs spectacles d’été, c’est tout simplement – mais c’est essentiel ! – l’amour du théâtre. Nous en avons une nouvelle illustration cette année avec L’Alchimiste de Ben Jonson – auteur contemporain de Shakespeare – mis en scène avec brio par Stéphane Godefroy. Il y a encore deux représentations, les vendredi 10 et dimanche 11 septembre à 20 h 30.

    Jean-Pierre Sueur

     
  • Je signale cet article sur Charles Péguy paru dans La République du Centre du 25 mars 2020

     
  • J’ai eu la chance de pouvoir aller à l’ultime séance au cours de laquelle étaient projetés au cinéma Saint-André-des-Arts à Paris le moyen métrage de Gaël Lépingle, Une jolie valléeet son court métrage, La nuit tombée.

    Ce fut un enchantement. La jolie vallée nous montre le « Chœur des Sittelles » évoluant dans son village de Burlats, près de Castres et nous offre une comédie musicale inspirée des Trois mousquetaires d’Alexandre Dumas sur une musique de Julien Joubert. Comme l’écrit Télérama dans l’article dont on retrouvera le lien ci-dessous, c’est « drôle, vif, léger. » On pense, bien sûr, à Jacques Demy. Mais Gaël Lépingle apporte sa touche personnelle : une belle poésie de la vie quotidienne, l’art dans la vie.

    Le court-métrage La nuit tombée, plus énigmatique et mélancolique, nous offre des images d’Orléans tellement belles et si peu convenues qu’elles sont, pour moi, irrésistibles… Je conclus en reprenant le texte de Télérama : « Messieurs les distributeurs, un effort de curiosité s’impose… »

    JPS

    Lire :
  • Daniel Gélis nous avait habitués aux teintes bleues, éclatantes. Il m’a avoué qu’un séjour près de la Méditerranée l’avait beaucoup marqué. Mais, année après année, nous avons découvert, dans sa palette et sur ses toiles, bien d’autres teintes, bien d’autres thèmes – et toujours de nouvelles sources d’inspiration.

    C’est ainsi qu’un Gélis intime nous était révélé lors d’une récente exposition à la galerie Le Garage. Sa toute dernière exposition, à la galerie « L’Art ancien » à Orléans s’intitule sobrement « Sologne ». Daniel Gélis y investit cette fois son art, son style très personnel, son sens des formes et des teintes, dans un univers bien différent de ceux qui ont précédé, mais tout aussi séduisant : la Sologne, c’est le bleu des étangs, la magie des forêts restituées en un bel impressionnisme et le retour des teintes ocres, depuis les écorces des arbres jusqu’aux murs et aux toits des villages. Une nouvelle page dans le grand livre d’une œuvre toujours renouvelée.

    JPS

     

     
     
     
     
  • À l’occasion de leur 113e salon, les Artistes Orléanais ont rendu hommage à plusieurs artistes récemment disparus.

    Nous reproduisons ci-dessous le texte que Jean-Pierre Sueur a écrit à leur demande sur Camille Murcia, texte qui figure dans le catalogue de ce 113e salon.

    >> Lire le texte

       

     

  • Juliette Gréco avait un infini respect pour ses auteurs. Ses récitals obéissaient à un rituel. Avant chaque chanson elle disait : « C'est une chanson de… elle s'appelle… ». Elle n'y dérogea jamais sauf pour les trois ou quatre chansons, sur plus de sept cents, qu'elle écrivit.

    Elle se revendiquait comme interprète. Interprète, elle l'était assurément, mais plus encore. Car par une alchimie particulière qui tenait à sa voix grave, à son phrasé, à ses intonations allant de la gouaille à la tendresse en passant par la colère et l'amour, elle a fait que ces centaines de chansons, de poèmes, écrits par tant d'auteurs, si divers, finissent par constituer comme une œuvre unique, la sienne, une œuvre inimitable.

    Ils étaient nombreux, ses auteurs. Elle choisissait à l'instinct les chansons qu'elle retenait, ne reculant devant aucune difficulté. Ainsi accepta-t-elle immédiatement d'interpréter le texte « inchantable » (comme elle disait) qu’était venu lui apporter un jeune chanteur intimidé : c'était Le diable, de Jacques Brel.

    Il y eut Jean-Paul Sartre et la rue des Blancs-Manteaux, à elle dédiée, et puis Jacques Prévert, Raymond Queneau, François Mauriac, Aragon, Éluard, Marie Noël, Joseph Kosma, Robert Desnos, Pierre Mac-Orlan, Françoise Sagan, et puis, Béart, Aznavour, Ferré, Brassens, Brel, Gainsbourg, Fanon… et tellement d'autres… Impossible de les citer tous : ce serait un vrai dictionnaire…

    … Mais quels qu'ils fussent, Juliette servait les textes qu'elle avait choisis, savourant chaque mot, donnant à chaque syllabe une couleur particulière.

    Et puis sur scène, dans sa robe noire, elle jouait pleinement chaque phrase, en comédienne qu'elle était, surlignant chaque vers de mouvements subtils, ou plus démonstratifs, de ses blanches mains. Elle savait, elle voulait aller jusqu'au bout de la fatigue, jusqu’à la dernière chanson à laquelle, littéralement, elle ne pouvait ajouter aucune autre, par amour de son public.

    Elle a chanté la chanson la plus courte du répertoire, La fourmi de Robert Desnos et le long poème de Bernard Dimey, Le bestiaire de Paris.

    Elle n'a jamais caché ses convictions, se glorifiant d'avoir connu un insuccès total, un « bide » mémorable devant un public de droite – et plus– au Chili. L'un de ses meilleurs souvenirs de radio fut, lors de l'émission « À la croisée des chemins », l'interprétation qu'elle improvisa de la recette de cuisine parue le jour même dans France Soir. Cela s'appelle « Suprême de volaille aux crevettes ». Elle pouvait chanter tout, absolument tout, et donnait à tout cette marque inimitable qui n'appartenait qu’à elle.

    Elle nous offrit en 2012 un album complet consacré aux ponts de Paris. Il s'appelle Ça se traverse et c'est beau. Et c'est plus que beau en effet.

    Elle s'émerveillait de chanter pour la millième fois Le temps des cerises.

    Il y aurait tant et tant à dire et à écrire que j’arrête là, au risque de noircir encore des pages et des pages à sa mémoire, à sa mémoire si vivante – car ces sept cents chansons, c’est sûr, vivent et vivront !

    Merci, Juliette.

    Jean-Pierre Sueur

  • Je tiens à saluer le remarquable travail accompli par Catherine Mourrain et toute l’équipe de l’association « Val de Lire » qui ont organisé le 34e Salon du livre de jeunesse de Beaugency.

    Je pense n’avoir pas beaucoup manqué d’inaugurations de ce salon qui s’est imposé, au fil des ans, comme un grand rendez-vous de la littérature pour la jeunesse.

    Lors de l’inauguration de cette 34édition, je me suis permis de plaider pour que chaque jeune soit aidé, incité à lire, à se concentrer pour lire, en mettant pour un temps – le temps de la lecture – de côté les portables, tablettes et ordinateurs… Et je ne sais pas pourquoi je me suis mis à dire et à répéter quelques beaux vers de notre poésie – des vers qu’il faut savoir goûter, savourer, aimer…

     

    Oui, c’est si précieux !

    Merci, de tout cœur, à tous les enseignants qui font aimer le livre et la lecture.

    Et merci, de tout cœur, aux élus de Beaugency et des communes voisines qui offrent à chaque enfant deux chèques de cinq euros pour acheter des livres.

    Ces élus font sans doute là l’un de leurs meilleurs investissements.

    JPS

  • Saluons l’exploit des bénévoles amoureux de cinéma qui, depuis vingt-cinq ans, font vivre à Château-Renard une salle d’art et d’essai d’à peine cent places, proposant les films les plus récents, et beaucoup d’autres, rénovant sans compter leur peine les locaux, inventant nombre d’évènements culturels de qualité et démontrant que la culture peut être vivace dans le monde rural comme partout. Ce fut un plaisir de célébrer le 25e anniversaire du Voxlors d’une fête chaleureuse, ce samedi 13 avril, animée tambour battant par Sandrine Manteau.

    JPS

  • Avec son nouveau disque, Lila Tamazit nous fait, une fois encore, le cadeau de sa voix. Sa voix, c’est son art, sa forme d’expression, son rapport au monde et à la poésie. C’est son métier. C’est elle.
    Lila nous offre chaque son en lui-même, pour lui-même, en ce qu’il porte, tout à la fois, de sensations, de sentiments et d’émotions.
    Déjà, elle nous avait proposé des interprétations toutes personnelles de chansons de Serge Gainsbourg.
    Aujourd’hui, elle s’attaque, si l’on peut dire, à une grande dame de la chanson militante, de la chanson qui n’a pas peur de se dire et de se vouloir engagée et qui est aussi une grande chanteuse de blues : Colette Magny.
    Les treize titres qu’elle a retenus sont datés. Il y est question de la guerre du Vietnam ou de Cuba, de luttes ouvrières dans les années soixante ou soixante-dix, porteuses d’espoir, avant les désenchantements.
    Ce sont des chansons-tracts, des cris de révolte, où se glissent aussi tendresse et dérision.
    Elles nous disent :
    « Aime vraiment, aime vraiment
    Ton prochain comme toi-même.
    C’est une vérité qu’on nous a transmise,
    Mais elle n’a pas pris. »
    Ou encore
    « La machine nous enlace comme un boa. »
    Ou encore :
    « On couche avec les princesses
    Par procuration
    Dans les journaux à grand tirage. »
    Ou encore :
    « Je rase les murs, j’ai pas les papiers
    Est-ce que j’ai encore le droit d’aimer ? »
    Ou encore :
    « La prison et le garrot tuent au pays de Goya. »
    Ou encore…
    Je pourrais citer d’autres extraits encore. Ils montreraient combien ces chants oubliés parlent de détresse et de combats, de la vie simple et difficile, des amours et des peines.
    L’intérêt de cet album, c’est de nous les rappeler. Mais c’est surtout de vivre ces paroles habitées par la voix de Lila – ses modulations, son rythme, sa profondeur.
    JPS